mardi 7 février 2012

Le bonheur d'un lundi

Il se résume à peu de choses, parfois.
Une boîte noire en forme de livre.
Un fil, deux, trois peut-être.
Un branchement...
Me voilà reliée au monde, à ses nouvelles, à ses guerres,
à ses pets, à ses expériences, à ses courses (au gouvernement,
à l'anti-dopage, aux sous, aux étoiles, au grand tout) :
choueeeette !


J'ai Internet !

dimanche 5 février 2012

Toc, toc, toc

Dimanche matin, la neige frappe à ma porte.


Toc, toc, toc.
Je travaille.


Toc, toc, toc.
Je chausse mes chaussures.


Toc, toc, toc.
Je pars à la montagne.


Toc, toc, toc.
J'arrive à l'école.


Toc, toc, toc.
Est-ce toi, Marelle ?

samedi 4 février 2012

Evénement-parenthèse

Samedi. Il a neigé à Morteaux Couliboeuf cette nuit ou ce matin…

Quelques flocons qui, sur la route, laissent une fine couche blanche.
Je photographie la cour de l'école. En l'absence des enfants, elle ne présente aucune empreinte de pas, de course.


Une cour au repos, dans laquelle ne résonne aucun cri. Une cour reine du silence, le temps d'une parenthèse.

Si vous voulez bien suivre ce lien et visiter le site de l'illustratrice Judith Gueyfier... J'ai chez moi l'affiche d'un de ses livres (Martin des colibris, écrit par Alain Serres). Chaque jour, je relis cette phrase crayonnée aux côtés d'un colibri croqué à l'aquarelle :
"J'ai mis du temps à comprendre cet oiseau."

Je mets du temps à m'approprier cette phrase.
Et je reviens à la neige normande.
A Falaise aussi, il a neigé. Voyez.


Il a neigé sur Guillaume
le Conquérant
duc de Normandie
roi d'Angleterre
né à Falaise
en MXXVII, vous voyez ?




Vous ne voyez toujours pas ?
Moi aussi, j'ai mis du temps
à comprendre cette statue.

Sur Guillaume,
rien ne tient.
Pas même la neige.
Trop fort, Guillaume !

Vendredi c'est bibliothèque, pas spaghetti

J'ai menti, je n'ai pas deux maisons, mais trois.
La bibliothèque de Falaise est ma troisième demeure. J'y passe du temps, je voyage dans les rayonnages, je discute avec les uns et les autres, je lis le journal. Je me projette dans des événements in situ.
Des lectures déambulatoires, des lectures dansées. Des lectures chuchotées.
Il va falloir.
Du travail. De l'écriture. Choisir les textes à lire. Où les lire. A qui. Comment.
M'y revoilà. Dans le sujet.





Ne pas être hors sujet.
Ou bien sujet, simplement, avec tout ce que cela implique.
Rendre compte de l'objet livre, par le sujet. Moi.

Aller voir ailleurs comment se passe une résidence.
A Lisieux, Eric Louviot, directeur artistique du Tanit théâtre, a invité quatre auteurs de théâtre en résidence. Chaque auteur est allé à la rencontre des habitants d'un village. Chacun avec un thème précis, une contrainte d'écriture.
Un sujet.
Accueillis ici et là, ils ont parlé de tout et de rien, j'imagine. De parcours intimes aussi, qui surgissent au détour d'une conversation anodine.
Puis les quatre auteurs sont rentrés chez eux. Revenus. Repartis. Revenus. Repartis.
Entre deux "résidences", ils écrivaient. Ou peut-être n'écrivaient-ils pas, se nourrissant encore des notes prises, des impressions ressenties lors des entretiens.
Pression du rendu. Il faut écrire une pièce de théâtre !
Qui sera montée, jouée, montrée.
Un défi.
Ma résidence est toute autre.
Je suis libre, si je veux, de ne rien faire, ne rien écrire.
Impossible.

Le soir venu, la représentation au Tanit théâtre d'une des pièces écrites laisse transparaître plusieurs parcours, plusieurs entretiens.
Il s'agit de La ville suspendue, de Bruno Allain, mise en scène de Marie-Laure Spéri.

ELLE : - Page vierge, immaculée, au petit matin, le brouillard, la prairie en cheveux blancs, les vaches qui fument, le bois à Janu effacé d’un coup de craie, au petit matin comme ça, que ça attend encore le lever définitif du jour, j’aime.
J’aimais.

Le regard se pose sur un couple qui pique-nique toujours à la même date sur la tombe du fils disparu.
"C'est l'moment !"...
Elle, n'arrive pas à le laisser partir. Lui, finalement, partira à vélo faire le tour d'un monde qui s'essouffle.
Un bel hommage à ceux qui sont orphelins de leur enfant.
Un texte qui, par une écriture vive et morcelée, rend très contemporain un langage oral normand qui "oublie" certains mots. Tout particulièrement, certains sujets.

Et le Petit Chaperon dans tout ça ?


Extrait d'Un petit chaperon rouge, de Marjolaine Leray.
Que lit-elle, cette fillette toute de rouge vêtue ? Nous le saurons bientôt.
C'est le moment de parler du projet que j'ai imaginé pour les enfants, sous l'intitulé "Et toi, tu lis comment ?"...
Pour l'instant, les enfants de l'école lisent les multiples versions du Petit Chaperon rouge (ou vert ou d'une autre couleur) que nous avons récupérées avec l'aide de Carole, qui s'occupe de la section jeunesse de la bibliothèque de Falaise. En voici quelques-unes :






Dans l'ordre, Le Petit Chaperon rouge de Jean Claverie, incontournable ; dans la formidable collection des "Contes du tapis", la version sans texte (je mens, l'histoire se trouve à la fin, sur un rabat) de Barroux ; Le petit chaperon chinois, de Marie Sellier, illustré par Catherine Louis ; en bande dessinée, Rufus le loup et le petit chaperon rouge, scénario de Tarek, dessins d'Aurélien Morinière ; Le Petit Chaperon Vert, de Grégoire Solotareff, illustré par Nadja.
S'imprégner des albums, des petits romans, de ce conte maintes fois détourné, jamais assez. Moi aussi, j'ai Mon petit chaperon rouge. Il est en projet.


Rassurez-vous, ce n'est pas moi qui l'illustrerai, mais Isabelle Chatellard, avec qui j'ai publié Le Vengeur masqué des contes de fées.


Toute l'école (les Maternelles et les Primaires) travaillera autour du Petit Chaperon, chemin le plus facile selon moi pour aborder le livre et la lecture, par sa portée universelle et parce qu'il peut toucher tous les âges. Y compris les adultes.
Que lit le Petit Chaperon rouge ? Dans quelle position ? Comment réagit la gamine ? Quel type de livre a-t-elle entre les mains : album, roman, poésie ? De quel genre, de quel style ? Humour, fantastique, policier, autre ? Qui l'a écrit ? A quoi ressemble la couverture ? Dis, Chaperon, lis-moi un extrait…
Mais elle n'est pas seule dans l'histoire, la toute rouge, même si elle incarne le conte en lui donnant son nom, son titre.

Que lit le loup ?
Que lit Mère-grand ?

Quels sont ces bois où l'on fait de drôles de rencontres ?
Qu'y trouve-t-on ? "Prom'nons-nous dans les bois tant que le loup n'y est pas..." et ramassons tout ce que nous voyons, nous, petits Chaperons Poucets...
Armés de carnets, de stylos, d'appareils photo, et de nos cinq sens.

Quel est ce rouge que porte le Chaperon, et qui marque le conte du début à la fin ? Quelle forme a-t-il ce rouge ? La tienne, peut-être ?
Quel est ce marron, ce noir, cette peur que porte le loup, peut-on décrire cette couleur, cette non-couleur, cette peau, cette peur ? Dessine-moi tes peurs, tes cauchemars, tes monstres, ton loup...

Quelle est cette galette que prépare la maman du Chaperon ? Comment est-elle faite, avec quoi ? Et si l'on cuisinait un Petit chaperon et un loup ? Il nous faut un livre de recettes, vite !

Bien évidemment, ces diverses pistes sont là pour ouvrir les portes de l'imagination.
Dans l'herbier/carnet de chemin dans les bois, les feuilles se transformeront en...
Un je ne sais quoi qui sortira de ce chapeau magique qui intrigue tant les enfants : l'inspiration. Rien d'autre que la déformation du vécu et de la réalité.
Les recettes seront, je pense, je l'espère, farfelues.

Au travail !


A la fin, il y aura un grand livre plein de livres, plein de lectures.

Un livre qui rejoindra les 556 livres pour la jeunesse que la BDP vient d'apporter à l'école, en avant-goût de la future bibliothèque de Morteaux Couliboeuf.

On est un jeudi, le jeudi 2 février, je photographie ce roman rapporté de l'école il y a quelques jours. Il traînait sur une étagère parmi d'autres livres, tous d'un temps... révolu.


Mais les diamants sont éternels, dit-on.

La reine du silence

Chut, nous sommes le mercredi 1er février...

Coïncidences, échos, hasard, passerelles.
Je viens de terminer la lecture de La Reine du silence, de Marie Nimier, auteur que j'apprécie tout particulièrement pour son imagination débridée, ses personnages tellement humains même en girafe, tellement vrais dans leur peau.
Son style, sa justesse d'écriture enfin.
Mais cette fois-ci, l'imaginaire et la fiction ne sont pas au rendez-vous.


Dans son livre, Marie Nimier parle (enfin ! diraient certains) de son père, rendu célèbre à 25 ans par Le Hussard bleu. Un écrivain, pardon, un grand écrivain, mais pas seulement ; un personnage de roman à part entière, mort dans un accident de voiture avec une autre femme que la sienne. Un personnage de roman donc, et non un père. La fille de l'écrivain, pardon, l'écrivain, l'écrivaine, l'auteure, l'auteur nous entraîne à la recherche de ce papa qu'elle n'a pas eu, qu'elle n'arrive même pas à se représenter. Passé, présent, passé, présent, repassé, nous accompagnons Marie Nimier, sommes dans l'attente, écoutons avec attention ce que nous apprend sa famille proche et les "proches" de cet inconnu célèbre.


Quel père découvrira-t-elle ? Elle s'interroge, nous suivons ses pas, ses peurs, ses hésitations, ses démêlages de vérité, ses retours en arrière, recommencements, répétitions, remémorations, révision de l'histoire, leur histoire, celle des autres, la leur, son histoire à elle, son histoire à lui.
Elle, par lui surnommée reine du silence…

"De lui, il me reste peu de souvenirs, et quelques trésors : une montre qui sonne les heures, un stylo dont la plume penche à droite et cette carte postale, où il me demandait en lettres capitales :
QUE DIT LA REINE DU SILENCE ?"

Que dire face à un monstre de la parole ?

Echos de nouveau.

J'ai toujours considéré l'écriture comme un refuge de silence face au brouhaha de l'oral, au vacarme agressif de l'extérieur. Dans la tête, le tumulte des mots s'organise, le langage sort comme il faut. Dit exactement ce que l'on veut lui faire dire. Quand on parle on en dit déjà trop. La langue et son cortège d'émotions l'emporte sur le langage. Enfin, j'ai toujours eu cette impression. Je n'ai peut-être jamais su parler. Ni me taire. Problème.

Les émotions, le vécu, s'exprimer, être, savoir qui l'on est, si l'on est bien la fille de son père, il est question de tout cela dans La Reine du silence.
Marie Nimier tente de passer son permis pendant le temps d'écriture de son roman. Un défi qui va de pair (de père) avec son enquête (sa quête) personnelle. Elle le rate, bien sûr (son permis).
Comment réussir avec ce fantôme dans le rétroviseur, l'accident répété de l'Aston Martin, la tôle froissée et les corps des amants exposés dans les journaux ?
Elle recommence. Têtue, la reine du silence.



Le sens de l'amour, de Michel Boucher, Le code de la route, de Mario Ramos.
Le fameux code, elle l'a eu du premier coup. Et moi ?
Je n'ai jamais tenté de passer mon permis, Parisienne que je suis. Certes, ici, à Morteaux Couliboeuf, la voiture me manque cruellement. Me murmure que je ne suis qu'une enfant à la merci des uns et des autres. Il y a un mois, m'a traversé l'esprit l'idée de passer mon permis pendant ma résidence. Une idée de plus qui a tourné au coin de la rue. Et disparu.
Et Marie alors ?
Marie vit en Normandie.

"De retour en Normandie, j'ai raté pour la deuxième fois mon permis de conduire - j'ai calé à trois reprises au même feu vert près de l'hôpital, il y avait beaucoup de circulation pour une petite ville de province, quelqu'un a klaxonné, l'inspecteur n'a pas apprécié, comme si c'était à lui personnellement que s'adressaient les coups de Klaxon. Sa réputation était en jeu. Il regardait autour de lui d'un air excédé. Ses oreilles se sont mises à rougir, puis son cou, puis le feu au moment où je réussissais à redémarrer. Alors, l'inspecteur s'est dégonflé en émettant un sifflement entre ses dents. J'ai respiré profondément. Le feu est repassé au vert. Les derniers piétons terminaient leur traversée. Le moteur a toussé un peu, mais n'a pas calé. Il pleuvait, mes chaussures étaient mouillées et la semelle grinçait chaque fois que j'exerçais une pression sur la pédale d'embrayage. L'essuie-glace crissait lui aussi, je crois qu'il allait un peu vite, mais je ne me souvenais plus de quel côté il fallait tourner la manette pour le régler. L'inspecteur m'a dit :
- Garez-vous juste après la laverie automatique, mademoiselle.
Je n'ai pas apprécié le mademoiselle. Tu trouves que je suis trop susceptible ? Qu'il fallait prendre ça pour un compliment ? J'avais déjà mis mon clignotant depuis un moment lorsque le scooter m'a doublée par la droite. L'inspecteur a écrasé la pédale du frein."


Je ne sais pas si Marie Nimier, depuis qu'elle a terminé son livre, a obtenu son permis de conduire.
Ou un autre permis. Sûrement.
Ce qui est sûr c'est que nous, lecteurs, en tout cas moi, je souhaitais qu'elle l'ait. Sans blague, j'ai très envie de le lui donner.

Tu me conduis à Falaise, Marie ?


Je ne te poserai pas de question qui fâche. Je sais.
Je ne parlerai pas. J'écouterai le crissement des pneus, je regarderai la route et le paysage qui défile en silence.

"On me demande si, à mon avis, très honnêtement, enfin la question de l'hérédité, en somme, s'il y a des gènes pour ça, des gènes de l'écriture. Tous les ans, c'est la même histoire. Comme les régimes amaigrissants ou le salaire des cadres, le dossier filiation s'impose de manière saisonnière."

Que dit La Reine du silence ?

Beaucoup de choses, vraiment. Sans faire de bruit. Et en conduisant son chemin.
De quoi nourrir mes jours à Morteaux-Couliboeuf.

L'autre vendeur

On est mardi 31 janvier...


Juste pour un jour, de Laura Leuck, illustrations de Marc Boutavant.

Ce blog sera une espèce de fourre-tout, donnera la température
de ma résidence. Allons-y, donc, continuons.

Invitée par la bibliothèque de Falaise pour ces 90 jours, je passe du temps dans cet ancien Hôtel-Dieu fondé au début du 13e siècle, détruit en juin 1944 et reconstruit à l'identique dans les années 60-70. Ironie du sort, les livres pour adultes et adolescents sont rangés dans l'ancienne "salle des malades".
Quant à moi, je viens de terminer un texte, Kévin au pays des livres.
Ou comment un enfant qui déteste lire devient malgré lui le gardien des livres.
Cela commence ainsi :

" C’était le jour.
Toute la classe allait au pays des livres.
C’est ainsi que la maîtresse appelait la bibliothèque.
Quand elle annonça la nouvelle, qui n’en était pas vraiment une car tout le monde le savait, Kévin devint bleu. Mais bleu, vraiment.
- J’suis allergique, maîtresse ! La bleuite c’est une maladie grave, même qu’on peut en mourir, et même que c’est le médecin qui l’a dit. On devient bleu, on boutonne, on enfle et on explose. Vous imaginez ?
- Très bien, répondit la maîtresse. On t’enterrera sous une pile de livres et on lira une histoire pour toi. Allez, on y va, go ! go ! "

Non, les livres ne rendent pas malade. J'en suis la preuve vivante.
A moins que… ma tête… mes doigts, qui souffrent d'écrivite aiguë…
Go ! go ! Direction Falaise.
On m'a fait dès le cinquième jour une carte qui me permet d'emprunter tous les livres que je veux, ainsi que des CD et des DVD.

J'emprunte.
Je regarde. J'écoute. Je lis.
Je lis. Je me nourris. J'écris.
N'ai-je pas pris pour sujet de résidence les livres et la lecture ?
Comment avais-je intitulé mon projet, déjà ?
"Et toi, tu lis comment ?"

J'emprunte.
Il est intéressant de voir à quel point nos lectures font écho à notre présent.


J'emprunte L'autre fille d'Annie Ernaux. Le soir-même, je me rends au vernissage d'une exposition sur les livres et la bibliothèque. L'une des artistes dessine, au format original, les couvertures des livres qu'elle lit, témoignage d'un acte quotidien.
Parmi les couvertures croquées accrochées au mur, L'autre fille.
Qui est cette autre fille ?
Jeu de miroirs.
Je découvre en lisant le roman qu'il s'agit de la soeur d'Annie Ernaux.

J'emprunte.
J'emprunte Vendeur de cauchemars, un roman pour ados d'André Benchetrit. Simple curiosité de ma part, sachant que j'ai écrit un mini-roman qui s'adresse à des lecteurs du même âge, Vendeur de rêves…


Curiosité, et coïncidence, encore.
Il a fallu qu'une des bibliothécaires de Falaise l'ait entre les mains alors que je lui rendais des livres. Juste à ce moment-là.
Je l'ai vu, il allait partir se faire refaire une beauté, abîmé par tant de cauchemars, tant de mains crispées sur les pages…
Je l'ai pris. C'est un très bon cauchemar, dont on sort plus fort.


Des mots sur mon frigo. Et un personnage qui surgit. Aimanté.
A lire ! A manger ! A lire !